Du journal de bord du Parrain des poissons

Chaque hiver, le cabillaud Skrei quitte la mer de Barents pour la côte du nord de la Norvège, un long voyage à travers des eaux glacées. Poussé par l’instinct de frai, il se dirige vers le sud, défiant les courants puissants, les phoques affamés et la longue nuit arctique. Ces morues matures visent les mêmes frayères que leurs ancêtres, les fjords côtiers et les hauts-fonds où les œufs ont une chance de survivre.

 

De janvier à avril, les villes de pêche du nord de la Norvège se préparent. Geir Halvard Nilssen, surnommé le « Parrain de la morue », travaille à Austnesfjorden, à l’est des Lofoten. Ami de Grundéns, avec des décennies d’expérience sur l’eau, il connaît le Skrei comme sa propre ombre. La route de la morue est un défi : elle s’étend du sud-ouest de la mer de Barents, longe les falaises de Vesterålen, traverse les remous du Vestfjorden, puis se divise – certaines vers Røst, d’autres vers le territoire de Geir. Cette année, des bancs de harengs au nord les ont détournés de leur route. Moins de poissons ont atteint Austnesfjorden, préférant se régaler du buffet de poissons-appâts. Geir a quand même atteint son quota pour la saison, s’appuyant sur des décennies d’expérience en matière de lecture des marées et de comportement des poissons.

 

La pêche au Skrei n’est pas une chose sûre. Certaines saisons, les filets de l’est des Lofoten restent vides tandis que les bateaux de l’ouest du Finnmark sont bien remplis. La rumeur court : le Finnmark est le nouvel eldorado, et une partie de la flotte des Lofoten s’y est précipitée. Les registres des années 1800 montrent les mêmes flux et reflux : des décennies d’abondance, puis des périodes de disette. C’est le jeu – les cycles changent, et il faut s’adapter ou mourir de faim.